Exposition St jean du doigt : Création Alice Heit

Quelques uns de mes mots poésie accompagnant les créations d’Alice Heit. Le résultat est splendide, complice, judicieux. Je suis très fière de les voir sous – jacent une création si originale et « belle ». Exposition, octobre 2016, St Jean du Doigt sur le thème de l’Érotisme…  Impression d’eaux fortes sur cuivre non pas sur papier mais sur soie, réhaussées de broderies…

Le travail est minutieux, sensible, « vivant ». Alice a su avec beaucoup d’inspiration relier une phrase extraite de mes poésies Pour l’amour d’un Celte et le relier à une de ses créations. Un travail qui rejoint sans pâlir les grands pans de créations féminines comme nous pouvons y être sensibles devant les œuvres de Georgia O’Keeffe ou Léonor Fini …

Le féminin solaire, à paraître

A paraître : le  10 janvier 2016 

Aux Éditions du Cygne  (collection les mythes revisités) :


 Alfred Jarry : critique littéraire et sciences à l’aube du XLe Féminin Solaire dans la mythologie
Etude comparée de La Courtise d’Etaine (Irlande) et de La Caverne Céleste (Japon)

Avant – propos d’Anne Bernard Kearney
Postface de Florence Quentin

De nombreuses déesses, comme Isis, Ishtar ou Sol, et de nombreuses héroïnes comme Iseult, Grainné, Guenièvre, contiennent la trace d’un féminin solaire. Elles ne sont pas les reflets lunaires, mais de flamboyantes figures capables d’enchanter le monde. Dans ces mythes, le féminin apparaît souverain, créateur, et le masculin, chevalier de la lune. Leurs épopées sont autant d’initiations et de métamorphoses qui les amènent à la réalisation de leur essence divine — bien avant les inversions que nous connaissons. A travers l’analyse de La Courtise d’Etaine, figure majeure de la mythologie irlandaise ancienne, et de la déesse Amaterasu-ô-mi-kami dans le mythe japonais de La Caverne Céleste, cet ouvrage nous permet de suivre pas à pas ces Soleils-Femmes dans leur confrontation avec l’Animus Lune, leurs métamorphoses et les parallèles que nous pouvons faire avec les méandres de notre âme. Les vieilles déesses porteuses de lumière, représentent la possibilité de renouer avec la nature de la psyché telle qu’elle se mouvait dans les temps les plus anciens mais que, dans leur éternelle réalité, nous pouvons aujourd’hui faire émerger comme un soleil de Vie et de Joie.

 

J’ai lu : Stupeur et tremblements d’Amélie Nothomb

imagesA chaque fois que je parlais du voyage au Japon que j’allais faire, tous me demandaient si j’avais lu Stupeur et tremblements d’Amélie Nothomb. Non je ne l’avais pas lu, mais je le mettais dans mon sac à dos, acceptable en cabine, pour le long voyage qui m’attendait. J’y ajoutais Le Sumo qui ne pouvait pas grossir d’Eric Emmanuel Schmitt. Il faut dire que le voyage est long et qu’il fait partie de ses rares moments privilégiés pendant lesquels on peut lire sans soif de lire, tout d’une traite, sans autre souci que de se laisser porter, sans culpabiliser d’avoir peut-être autre chose à faire. Je me jetais dans l’ouvrage et le lu d’une traite : je ne vis pas passer le vol Paris Moscou. Voilà un écrit, rapide, svelte, et tout en malice. On se prend au jeu, on veut savoir ce qu’il en advient de cette pauvre fille chef des toilettes.
Stupeur ! Sur la couverture je lisais que l’ouvrage avait reçu un grand prix du roman de l’Académie française. Quoi, pour moi un prix littéraire devait toucher plus avant mon âme. Il devait au moins me parler sur trois niveaux de lecture, mon intellect, mon esprit si ce n’est pas mon cœur. Quoi enfin, un prix littéraire devait sinon, faire frémir mes sens, me faire goûter, sentir, humer. Est – là la grandeur de l’écriture qui mérite l’estampille ? Non, le moins que je pouvais dire c’est que le délicieux moment passé à lire ne touchait pas les sommets de mes émotions littéraires comme peuvent les faire vibrer quelques Colette, Vincenot et autres Jim Harrison. C’est vrai que j’avais tenté sous les coups médiatiques de lire Une autre idée du bonheur de Marc Levy, qui par le nombre de ses ventes doit tout de même proposer quelque chose hors du commun. Je n’ai pas fini l’histoire, car il s’agit bien d’une histoire, simplement d’une histoire et face à mes attentes de lectrice cela n’a pas d’intérêt, me lasse et si je cherche juste à m’occuper l’esprit en ce sens je préfère regarder la télé. Dans l’écriture il me faut tout simplement la magie du mot et la profondeur de son sens. C’est un goût tout à fait personnel, mais ce goût fit que je restais perplexe devant le prix décerné à cet ouvrage, oui distrayant, dynamique, malicieux, mais juste ça. C’est assez rare la malice dans l’écriture et sans doute Amélie Nothomb détient ce rare privilège de savoir la poser sur le papier comme elle la distille dans sa vie médiatique. C’est juste délicieux oui … Mais …. Et … les tremblements me sont venus tout aussi vrais, car enfin j’allais bientôt rejoindre un fils qui vit depuis trois ans au Japon et travaille dans une firme japonaise. Subit-il ces humiliations, ces cris, est-il chef des chiottes sans me l’avoir dit ? Quel est donc ce pays horrible où les gens sont soit des titans manipulateurs soit des lavettes en péril ? Car enfin il ne donne pas vraiment envie d’aller à la rencontre du Japon ce livre, c’est le moins que l’on puisse dire. Et tout un chacun de me le présenter comme un exposé de la réalité japonaise. Amélie sait-elle ce que l’on fait de son ouvrage, nous les lecteurs toujours prêts à voir des vérités dans les lettres posées  ?
Et le Japon est venu à moi, dans toutes ses folies et toutes ses merveilles. Comment vous raconter ma surprise, le jour du mariage de ce fils enjaponné, quand il me présenta son « boss » et que celui-ci fit un discours des plus respectueux envers ce nouvel employé qui se mariait ! Il est de coutume d’avoir à son mariage son boss et ses collègues m’expliquait mon enfant. Nous étions loin d’Amélie Nothomb.
Alors oui les Japonais ont un sens aigu de la hiérarchie et de l’honneur. Oui les Japonais pensent japonais et se rangent comme un seul homme dans les ornières de leur île. Mais les Japonais ont aussi l’esprit aussi sensible que le roseau sous le vent, le cœur aussi chaud que leur soleil d’été et une fraîcheur d’âme qui respire par tous les pores de leurs arts, de leurs politesses, de leur attachante nature.
Oui l’ouvrage d’Amélie Nothomb est un ouvrage à lire pour la malice, avec distance, pour le dynamisme de l’écriture, son humour très particulier, le schéma et la structure parfaire de l’ouvrage, mais rien que pour cela.
En repartant je remplissais de nouveau mon sac à dos, j’y mis Rashômon et autres contes de Ryūnosuke Akutagawa, j’y mis le Kojiki et le retour allait être une toute autre histoire …. Japonaise.

Japon, âme poète

texte
Sylvie et le professeur Monsieur Yamashita

Il m’a fallu voyager jusqu’au Japon pour comprendre et assister à ce qu’est la profonde réceptivité à la poésie. La France, terre poète, m’avait confrontée de multiples fois, au mieux, à l’écoute courtoise, à la surprise délicieuse, aux silences respectueux, mais jamais à cette vibration de l’âme qui soudain emplie l’atmosphère, ce silence profond, ces larmes … Le texte ne faisait qu’une page, avec de larges interlignes mais pour compliquer les choses il était en français. Il a fallu la traduction simultanée, directe, d’un professeur talentueux et suffisamment poète lui – même pour comprendre mes mots, mes images, mes intentions et les transférer avec autant de force et de réalité dans leur sens. Pour moi l’instant était précieux, je parlais à mes enfants en épousailles et j’écoutais ce texte, si intime et tant écrit avec mon âme, redonné dans une autre langue. J’aurais pu lever la tête et croiser les regards, mais je ne le pouvais pas. Une onde se levait de la salle et montait vers nous comme une marée montante. Je ne pouvais que voir les visages de ma bru et de mon fils, bouleversés (mais le texte leur était destiné) et je posais ma voix à l’écoute du professeur pour ne pas perdre pied moi-même. Je savais que si je levais les yeux, que si je regardais plus loin, plus autour, je ne pourrais plus lire. Comme ces ronds miroirs au creux des temples Shinto la salle renvoyait à l’écoute un silence assourdissant.
Je ne pouvais pas regarder cela en face.

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Haïku

C’était comme une bulle qui gonfle et souffle, une mer qui monte et submerge. Ces gens du Japon sous leur air policé, sous leur posture toute de retenue, ont la capacité de laisser émerger de leur âme la vibration sacrée d’une fusion. Ce n’est peut-être pas un hasard, eux qui cherchent toujours cette perfection ultime dans le geste, cette harmonie puissante qui tente d’équilibrer les mondes. Il suffit de visiter leurs jardins, d’assister à la cérémonie du thé, de découvrir les fresques, de caresser du doigt leur artisanat parfait pour comprendre combien sous les yeux baissés de leur regard se love une âme réceptive. Il n’est qu’à lire le Haïku cette forme japonaise de poésie permettant de noter les émotions, le moment qui passe et qui émerveille ou qui étonne pour en mesurer la réalité. Mais à ce moment-là, je ne mesurais pas tout cela et je pensais pendant la lecture que toute cette vie intérieure émanait de moi-seule et restait invisible aux autres, que fidèles à eux – même ils resteraient dans un silence respectueux. Je baissais mon regard, la pudeur de mes sentiments me poussait à ne les pas montrer (étais- je devenue japonaise ?). Ce n’est que lorsque de retour à ma place, après un long silence de plus, je levais la tête, que je vis tous ces regards tendus vers moi, en larmes, les hommes comme les femmes. Oui, même ces hommes … ces hommes aux voix dures, dont l’ombre se détache encore sur les ailes mouvantes des Samouraïs.
La puissance de la poésie dépasse les barrières, ils furent nombreux à venir l’un après l’autre me faire comprendre comme ils avaient été sensibles et touchés par le texte, eux qui sont connus pour ne pas exprimer de liberté dans leurs affects. Ils me disaient en me montrant du doigt « texte » et traçaient des larmes sur leurs joues avec leurs mains. Alors moi grandie aux sons d’un Baudelaire, Rimbaud, Verlaine et autre Apollinaire je me trouvais confrontée à la plus profonde magie de la poésie, dans un pays si lointain qu’il se trouve de l’autre côté de la terre. La musique passe les frontières mais je l’ai vécu là, la poésie tout autant transcende les cultures et touche au cœur d’un seul trait, soulevant les similitudes humaines, quand elle est entendue d’un peuple à l’âme aguerrie. Il ne s’agissait pas d’arabesque intellectuelle, cela ne se pouvait de par la différence des langues, il s’agissait d’une reliance directe, d’une reconnaissance d’âme à âme, d’une humanité semblable et ce fut un merveilleux cadeau que m’offrirent les Japonais. Car celui qui écrit la poésie la partage, mais ceux qui renvoient le frisson de ses profondes racines lui donnent vie et le Japon m’a donné cette merveilleuse leçon.